1. Aménager pour réduire les inégalités
#1. Les acteurs de l’aménagement
#A. L’État
L'État est l'acteur historique de l'aménagement du territoire. Il définit les grandes orientations nationales, finance les infrastructures et tente de réduire les inégalités entre les territoires. Pendant longtemps, il a occupé le rôle principal, notamment à travers la DATAR (Délégation interministérielle à l'Aménagement du Territoire et à l'Attractivité Régionale), devenue depuis le CGET (Commissariat Général à l’Égalité des Territoires). Aujourd'hui, son rôle a évolué : il joue davantage un rôle de conseiller et de coordinateur.
#B. Les collectivités territoriales
Les collectivités territoriales, c'est-à-dire les régions, les départements et les communes, disposent depuis les lois de décentralisation des années 1980 d'une plus grande autonomie. Elles financent et gèrent de nombreux aménagements locaux, comme la construction de lycées ou le développement des transports en commun. Elles travaillent en collaboration avec les entreprises privées, qui participent à l'aménagement en créant des emplois et en développant des infrastructures sur les territoires.
#C. L’Union Européenne
L'Union Européenne intervient également en finançant des projets dans les régions les plus défavorisées, grâce aux fonds structurels européens. Son objectif est de réduire les inégalités de développement à l’échelle européenne.
#D. Les citoyens
Enfin, les citoyens sont des acteurs de plus en plus présents. Ils participent aux décisions via des débats publics et des consultations citoyennes.
Des exemples comme la mobilisation autour de la Halle Freyssinet, ancien bâtiment ferroviaire dans le 13e arrondissement, montrent que les citoyens veulent avoir leur mot à dire sur les aménagements qui transforment leur vie quotidienne.
#2. Les inégalités territoriales
#A. Les métropoles au sommet de la hiérarchie
La France est marquée par de fortes disparités territoriales. Les aires urbaines concentrent l'essentiel des activités économiques, des emplois qualifiés et des populations.
Paris, métropole de rang mondial, domine l'organisation du territoire français. Les grandes métropoles régionales comme Lyon, Marseille ou Bordeaux attirent également investissements et innovations, ce qui se traduit dans leurs paysages par des quartiers d'affaires et des nœuds de communication performants. Le maillage du territoire y est dense.
#B. Zones frontalières et littoraux
Les zones frontalières et littorales bénéficient en effet de multiples dynamiques : échanges commerciaux, liens avec l'Union Européenne, mondialisation, dynamisme industriel ou touristique.
Ces atouts renforcent leur attractivité et creusent davantage les écarts avec les territoires enclavés. On peut citer la région de Lille, dynamique et tournée vers le Nord de l’Union Européenne. On peut également citer la côte d’azur. Il faut rappeler l’importance de l’aéroport de Nice : troisième aéroport de France, après Charles de Gaulle et Paris Orly.
Le territoire où l'on vit influence directement les conditions de vie : l'accès aux soins, à l'éducation et à l'emploi varie fortement selon que l'on habite dans une grande métropole, sur le littoral ou dans un espace rural isolé.
#C. Les territoires défavorisés
À l'inverse, certains quartiers urbains défavorisés et de nombreux espaces ruraux restent à l'écart des retombées économiques de la mondialisation.
Ces territoires, parfois appelés la France périphérique (le centre étant constitué des métropoles), souffrent d'un manque de services publics, d'un vieillissement de la population et d'un déficit d'emplois. On le voit dans les zones de l’hyper-ruralité, comme en Lozère, mais aussi à l’échelle même de la ville. En effet, il existe des contrastes entre les centres des métropoles et les quartiers périphériques parfois marginalisés. Ainsi, à Marseille, les quartiers Nord sont davantage défavorisés.
#3. Pourquoi aménager le territoire ?
#A. Réduire les inégalités à toutes les échelles
Face à ces disparités, l'État et les collectivités territoriales mettent en place des politiques d'aménagement dont l'objectif est de rééquilibrer le développement du territoire.
Il s’agit d’harmoniser l’IDH (PIB par habitant, éducation et santé), pour permettre à chaque habitant, où qu'il vive, d'accéder aux mêmes services et aux mêmes opportunités.
#B. Méthodes d’aménagement
Plusieurs outils sont mobilisés à cet effet. Des infrastructures de transport sont construites pour désenclaver les territoires isolés, comme la LGV Sud Europe Atlantique qui améliore la connexion de régions à Paris.
Des politiques ciblées visent les territoires les plus fragiles : les Zones de Revitalisation Rurale offrent des avantages fiscaux aux entreprises qui s'y installent, tandis que les quartiers prioritaires de la politique de la ville bénéficient de moyens renforcés en matière d'éducation, de sécurité et d'emploi.
#C. Insertion dans la mondialisation
L'aménagement du territoire ne vise pas seulement à réduire les inégalités. Il cherche aussi à renforcer la compétitivité et l'attractivité des territoires français à l'échelle mondiale. Le port du Havre est le premier port français en nombre de conteneurs, mais il est loin derrière Rotterdam (premier du Northern Range), et n’est que 62e à l’échelle mondiale.
Aménager, c'est donc à la fois corriger les déséquilibres internes et poursuivre l'insertion de la France dans la mondialisation, tout en respectant les exigences du développement durable.
#D. Le rôle de la prospective
La prospective joue un rôle clé dans l’aménagement du territoire en anticipant les évolutions futures pour guider les décisions publiques. Elle permet d’identifier les tendances démographiques, économiques, technologiques et environnementales qui façonneront les territoires, afin d’éviter les déséquilibres et de saisir les opportunités.
En intégrant des scénarios variés (transition écologique, mutations industrielles, mobilités durables, etc.), elle aide à concevoir des stratégies adaptables, tout en favorisant une vision à long terme plutôt qu’une gestion réactive. Par exemple, il est nécessaire d’évaluer sur le long terme les effets de la métropolisation. Ainsi, si l’attractivité de Toulouse est en hausse, cela pourrait avoir un effet sur les campagnes dans la région autour de la métropole. La raréfaction des emplois et la fermeture des services publics dans les zones rurales pourrait augmenter les contrastes déjà existants en matière d’IDH (PIB par habitant, éducation et santé).
Dans un contexte de mondialisation et de transitions accélérées, la prospective devient un outil essentiel pour concilier compétitivité, équité territoriale et durabilité. Elle encourage une approche collaborative, associant acteurs publics, privés et citoyens, pour construire des territoires plus attractifs, innovants et solidaires.