2. Aménager les territoires ultramarins

#1. Les territoires ultramarins français, des territoires particuliers

#A. Une présence planétaire et un atout géostratégique majeur

Les territoires ultramarins permettent à la France d’être présente militairement, culturellement et politiquement dans tous les océans du monde (Atlantique, Indien, Pacifique).

Grâce à eux, la France possède la 2e plus grande ZEE (Zone Économique Exclusive) mondiale juste derrière les États-Unis. C'est un immense réservoir de ressources maritimes (pêche, énergies, biodiversité) et un levier de puissance géopolitique.

#B. Une grande diversité de statuts juridiques

L'organisation administrative de ces territoires varie selon leur degré d'autonomie vis-à-vis de la métropole.

#a) Les DROM (Départements et Régions d’Outre-Mer)

Ils ont un statut équivalent aux départements et régions de métropole (les lois françaises s'y appliquent de plein droit). La Guadeloupe et La Réunion ont conservé deux assemblées distinctes (un Conseil départemental et un Conseil régional).

#b) Les CTU (Collectivités Territoriales Uniques)

La Martinique, la Guyane et Mayotte restent des DROM, mais ont fusionné leurs conseils départementaux et régionaux en une seule et unique assemblée pour simplifier l'administration.

#c) Les COM (Collectivités d’Outre-Mer)

Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Polynésie française et les îles Wallis-et-Futuna. Elles sont beaucoup plus autonomes et adaptent les lois à leurs spécificités. La Polynésie française dispose par exemple de son propre président et d’une assemblée législative.

#d) Les statuts à part

La Nouvelle-Calédonie dispose d'un statut d'autonomie très poussé, transitoire et unique. Les TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) n'ont pas de population permanente mais accueillent des scientifiques et l'armée.

#C. Des contraintes naturelles et géographiques fortes à aménager

L'aménagement de ces territoires doit composer avec des spécificités géographiques lourdes.

#a) L'éloignement et l'enclavement

Situés à des milliers de kilomètres de Paris (la Guadeloupe à 6 700 km, la Nouvelle-Calédonie à 18 000 km), la question de la continuité territoriale et de l'accessibilité est un défi quotidien.

#b) L'insularité

À l’exception de la Guyane (territoire continental), tous ces espaces sont des îles. C'est un formidable atout pour le tourisme, mais une contrainte majeure pour l'économie (coût des transports, dépendance aux importations).

#c) Le climat et les risques naturels

À l'exception du climat polaire des TAAF, la majorité subit un climat tropical. Ces territoires sont fortement exposés aux aléas naturels (cyclones, séismes, éruptions volcaniques).

#d) Des milieux fragiles à préserver

L'aménagement doit protéger des écosystèmes uniques et menacés (mangroves, récifs coralliens, lagons, forêt amazonienne en Guyane).

#2. Des inégalités territoriales et de nombreux défis

L’État français, les collectivités d’outre-mer et l’Union européenne mènent des projets conjoints pour réduire les fractures économiques et sociales tout en préservant l'environnement.

#A. Réduire les inégalités de développement avec la métropole

#a) Un retard de développement persistant

Par rapport à la métropole, les territoires ultramarins connaissent des difficultés structurelles : un taux de chômage deux fois plus élevé (jusqu’à trois fois plus à Mayotte), un PIB par habitant plus faible et un taux de mortalité infantile plus important.

Le coût de la vie y est plus élevé, en particulier pour les produits alimentaires importés (à cause de l’insularité).

Les difficultés scolaires y sont également marquées, avec un pourcentage de jeunes de 18 ans en difficulté de lecture trois à sept fois supérieur à la métropole.

#b) Intégration régionale, aménagement durable et financements

Pour créer de la richesse et des emplois, ces territoires s'intègrent dans leur environnement géographique. Le programme européen « Interreg Caraïbes » associe par exemple la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et Saint-Martin à 40 pays voisins pour coopérer dans les domaines de l'économie, de la santé et des risques naturels.

Le tourisme écoresponsable : Le développement économique passe par la valorisation du patrimoine sans le détruire. Cela se traduit par la création de parcs nationaux ou de réserves (comme la réserve naturelle de la Caravelle en Martinique) et l’obtention de labels environnementaux (comme le label « Clé Verte ») pour les infrastructures hôtelières.

Ces projets coûteux sont financés par les collectivités territoriales, l'État, et l'Union européenne qui intègre ces territoires sous le statut de RUP (Région Ultrapériphérique) pour leur accorder des fonds spécifiques.

#B. Désenclaver et connecter les territoires

#a) Isolement géographique

L'éloignement de la métropole et la nature insulaire de la majorité de ces territoires freinent les échanges quotidiens et l'activité économique. L'enclavement isole certaines populations à l'intérieur même des îles ou de la forêt continentale.

#b) De grands projets d'infrastructures de transport

L'État et les collectivités construisent des axes majeurs pour assurer la continuité territoriale.

La Nouvelle Route du Littoral à La Réunion, digue et viaduc sur l'océan a été créée pour sécuriser la liaison entre Saint-Denis et Le Port.

Le pont sur l’Oyapock à Saint-Georges, reliant la Guyane (France) au Brésil a été construit pour désenclaver la frontière et stimuler les échanges transfrontaliers.

#C. Améliorer le quotidien des populations et rééquilibrer l'espace interne

#a) De fortes disparités à l'intérieur même des territoires

Les écarts entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres sont plus élevés qu'en métropole.

Certaines zones intérieures sont délaissées au profit des grands centres urbains économiques. En Martinique, par exemple, le centre de l'île concentre davantage de richesses que les régions du Nord ou du Sud.

De plus, la relative richesse de ces espaces par rapport à leurs voisins immédiats (ex. Mayotte face aux Comores, la Guyane face au Suriname, au Brésil ou à Haïti) engendre une forte attractivité migratoire qui sature parfois les infrastructures existantes.

#b) Rénovation urbaine et transition énergétique

Des projets de rénovation urbaine sont menés, comme à Saint-Denis de La Réunion, pour réhabiliter les logements, construire de nouvelles écoles, aménager des espaces verts et développer des modes de transports doux (pistes cyclables, transports en commun).

L'aménagement doit garantir l'accès à l'eau potable, à l'électricité et aux télécommunications. À Cacao en Guyane, la construction d'une centrale électrique à biomasse permet d'alimenter durablement la population grandissante en électricité. Elle valorise aussi les déchets des scieries de bois locales et en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.