4. La France dans la guerre (1939-1944)

#1. Vichy, un fascisme à la française ?

#A. La capitulation et la fin de la IIIe République

#a) L’exode

On connaît l’efficacité de l’Allemagne nazie en matière d'offensive avec la guerre éclair (Blitzkrieg). En mai-juin 1940, l'armée française est en déroute. Les Français fuient les zones occupées par l'armée nazie. C'est l'exode.

#b) La capitulation

Le Maréchal Pétain, qui est devenu Président du Conseil déclare le 17 juin 1940 qu'il est pour la capitulation. Dans son discours, il se présente comme l'homme providentiel. Il décide donc de l'armistice, qui est signé à Rethondes le 22 juin 1940. La France est partagée : zone occupée au Nord et à l'Ouest ; zone libre, au Sud.

#c) La mise en place d’une dictature

Pétain obtient les pleins pouvoirs. En tant que nouveau chef d'État, il concentre les pouvoirs exécutif et législatif. Le principe de la séparation des pouvoirs est liquidé. La France sort de la démocratie. C'est la fin de la IIIe République.

#d) Un régime fasciste et autoritaire

Le nouveau régime de Vichy présente des caractéristiques d'un régime fasciste. Pétain souhaite restaurer l'ordre par une Révolution nationale, reprenant ainsi la rhétorique fasciste du mythe de la renaissance de la splendeur du pays. Pétain remplace la devise républicaine par la trilogie "Travail, Famille, Patrie" qui résume les valeurs de l'ordre Nouveau.

La politique de Pétain est traditionnelle : elle soutient le modèle traditionnel catholique et le divorce est rendu difficile. D'autre part, la censure est omniprésente, et il se met en place un culte de la personnalité de Pétain. Enfin, le nouveau régime discrimine : Pétain met en place des mesures antisémites.

#B. La collaboration avec l’Allemagne nazie

#a) Aspect financier

La collaboration d'État est officiellement scellée lors de l'entrevue de Montoire (24 octobre 1940), où Pétain serre la main d'Hitler. C'est un choix politique délibéré du régime de Vichy. Les termes de l'occupation allemande sont aussi financiers. Les nazis exigent de la France 400 millions de francs par an.

#b) Le S.T.O. et la Milice

Pierre Laval est le chef du gouvernement. Il crée le Service du Travail Obligatoire le 16 février 1943. Ce service livre des travailleurs à l'Allemagne. Jusqu'en 1944, ce sont 650 000 travailleurs qui ont été livrés.

En janvier 1943, la Milice est créée. Elle est chargée de traquer les opposants au régime, les résistants, les Juifs et les réfractaires au S.T.O. La milice comptera au maximum 30 000 membres.

#c) Une politique antisémite

Le régime de Vichy, non seulement obéit aux règles imposées par l'Allemagne nazie, mais aussi devance ses demandes. L'État français livre ainsi des Juifs de la zone libre et organise des déportations. Le "statut des Juifs" est officialisé en octobre 1940. Il interdit aux Juifs certains métiers. En juin 1941, le "second statut des Juifs" est mis en place. Il les oblige à poter l'étoile jaune.

Les 16 et 17 juillet 1942, l'État français organise la Rafle du Vel' d'Hiv' et déporte 76 000 Juifs.

#d) Le collaborationnisme

Il faut distinguer collaboration et collaborationnisme. Le collaborationnisme signifie aussi adhésion intellectuelle aux idées nazies. Les collaborationnistes partagent ainsi les convictions antisémites, mais aussi l'anti-communisme. On trouve parmi les collaborationnistes des intellectuels comme Céline (dont le roman le plus connu est Voyage au bout de la nuit), Drieu La Rochelle ou Jacques Chardonne.

#2. Résistance et Libération

#A. Résistance extérieure et résistance intérieure

#a) De Gaulle et la France Libre

Le 17 juin 1940, en partant pour Londres, le général De Gaulle refuse la défaite et décide d’organiser la résistance extérieure. Il lance l'appel du 18 juin, acte fondateur de la France Libre, pour inciter les Français à poursuivre le combat. Il fonde les Forces Françaises Libres ou FFL fédérées autour du symbole de la croix de Lorraine. Il tente d’organiser des unités combattantes à partir notamment des colonies françaises afin que le rôle de la France puisse être reconnu au jour de la victoire. Il est soutenu dans son action par le premier ministre britannique Winston Churchill. Ancien préfet d’Eure-et-Loir évincé le 2 novembre 1940, Jean Moulin part pour Londres en octobre 1941 et rencontre De Gaulle. Le chef de la France libre fait de lui son ambassadeur et porte-parole auprès de la résistance intérieure.

#b) La résistance intérieure

Alors que le régime de Vichy s’engage dans la collaboration, dès l’été 40, des hommes et des femmes, peu nombreux au début, décident de résister à l’occupation allemande sur le territoire français. Peu à peu s’organisent des mouvements comme « Combat » en zone libre, « Libération-nord » et « Ceux de la Résistance » en zone occupée. Dans les régions peu accessibles des maquis se forment. Ils mènent des actions à la fois militaires et politiques : sabotages et embuscades, renseignement et information de la population par le biais d’une presse clandestine. Leur objectif ultime, hormis celui de bouter l’occupant hors de France, est le rétablissement de la République et de la démocratie en France. Des dizaines de milliers de résistants furent tués, fusillés ou déportés.

Le mouvement « Libération-Sud » illustre cet engagement. Fondé par Emmanuel d’Astier de La Vigerie, entouré notamment de Lucie Aubrac et du philosophe Jean Cavaillès, il naît du refus de l'armistice et de l'idéologie de Vichy. Leurs actions se concentrent d'abord sur la propagande via le journal clandestin Libération. Au quotidien, ces résistants mènent une double vie risquée, entre leurs métiers officiels et leurs activités secrètes : transport de tracts, fabrication de faux papiers et organisation d'évasions. Jean Cavaillès y apporte une rigueur intellectuelle avant de s'orienter vers l'action directe (sabotage), tandis que Lucie Aubrac devient un symbole de courage, participant activement à des coups de force pour libérer des camarades arrêtés.

#c) Mouvements Unis de la Résistance et Conseil National de la Résistance

Début 1942, Jean Moulin est parachuté en France avec pour mission d’unifier les différents mouvements de résistance. Ainsi, le 26 janvier 1943, les trois grands mouvements Combat, Franc-tireur et Libération-Sud fusionnent pour former les Mouvements unis de la Résistance (MUR).

Le 27 mai 1943 a lieu à Paris la première réunion du Conseil National de la Résistance (CNR) présidé par Jean Moulin. Elle regroupe des représentants des mouvements de résistance, de partis politiques et de syndicats. Le conseil a pour vocation d’unifier les forces de la résistance pour la rendre plus efficace et d’être une force de proposition quand viendra la victoire.

Jean Moulin est arrêté le 21 juin 1943. Torturé par la Gestapo, il meurt sans livrer de secrets, devenant le symbole du martyre de la Résistance.

Ainsi, en mars 1944, le CNR propose un programme à la fois politique, économique et social a portée immédiate (la libération de la France) et plus lointaine (mesures à prendre une fois la souveraineté française retrouvée). Ce programme prévoit des réformes majeures pour l'après-guerre : le rétablissement de la démocratie, le droit de vote des femmes (accordé en 1944) et la création de la Sécurité sociale (1945) pour protéger les citoyens.

#B. La Libération

#a) Le débarquement

Le 6 juin 1944 en Normandie et le 15 août 1944 en Provence ont lieu deux débarquements alliés qui ouvrent la voie à la libération de la France. Des troupes américaines, anglaises, canadiennes et françaises, soutenues par la résistance intérieure française harcelant l’ennemi, pénètrent sur le territoire français.

#b) Le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF)

Sous l'impulsion du Général de Gaulle, le GPRF est créé en juin 1944. Son objectif est double : restaurer la souveraineté nationale et rétablir la légalité républicaine face au régime de Vichy qui s'effondre. À cet effet, l'ordonnance du 9 août 1944 déclare nul et non avenu l'État français de Vichy. S'appuyant sur les forces de la Résistance (FFI) et l'armée de la Libération, le GPRF s'impose comme l'autorité légitime en libérant Paris le 25 août 1944 et l’ensemble du territoire en un peu plus de 6 mois. Dès son installation dans la capitale, il engage de vastes réformes sociales et politiques, comme le droit de vote des femmes, pour reconstruire une France démocratique.