2. Indépendances et nouveaux États

#1. Les facteurs de la décolonisation

#A. Des puissances coloniales affaiblies par la guerre

Le prestige des grands empires est entamé par la guerre : Royaume-Uni, France, Pays-Bas, Belgique. Le coût du maintien des empires coloniaux est immense alors que la priorité pour ces puissances est de reconstruire leur économie sur place, en métropole.

Le sentiment national chez les soldats des colonies est exacerbé, et le combat des Alliés a toujours été présentée comme le combat pour l’auto-détermination des peuples, ce qui fait écho à leurs revendications d’indépendance.

#B. Le sentiment national

Il se manifeste tôt, mais on peut noter sa virulence dès la moitié et la fin de la guerre. En 1942, Ghandi lance le mouvement ‘Quit India’.

Des manifestations éclatent à Sétif, en Algérie, le 8 mai 1945. Les puissances coloniales répriment violemment, mais ne peuvent contenir ce sentiment national.

Les puissances impérialistes se retirent parfois de leur plein gré vue les conflits de nationalités, comme les Britanniques en Palestine.

#C. Un contexte international favorable

L’ONU, juste née, défend l’auto-détermination des peuples. C’est un nouvel ordre international que les empires coloniaux ne peuvent nier, puisqu’ils en ont été les artisans.

Les États-Unis, ancienne colonie britannique libérée de l’oppresseur, soutiennent donc les peuples. L’intérêt économique de ces potentiels nouveaux marchés n’est évidemment pas absent de ce soutien. Ils se méfient également de l’influence soviétique que pourraient connaître les nouveaux états.

L’URSS, marxiste et anti-capitaliste, a toujours vu dans la colonisation, et à juste titre, une étape décisive de l’exploitation de l’homme par l’homme.

#2. Les vagues de décolonisation

#A. Première vagues : 1945-1957

#a) L’Inde

Le mouvement ‘Quit India’ de Gandhi est par principe non-violent. Les Britanniques préfèrent négocier que réprimer. Ils promettent de quitter l’Inde à la fin du conflit. Gandhi et Nehru ont un projet d’État unifié, mais des tensions apparaissent avec les musulmans.

La dernière administration britannique accepte une partition de l’Inde avec un Pakistan (deux territoires, dont un à l’Est : le Pakistan Oriental). 

Les États accèdent à l’indépendance le 15 Août 1947. Les déplacements de population sont énormes et ils génèrent des massacres. Gandhi est assassiné en 1948 par un fanatique.

#b) La fin de l’Indochine française et la guerre du Vietnam

En Septembre 1945, Hô Chi Minh déclare l’indépendance du Vietnam. Il a participé à la lutte contre les Japonais et n’entend pas revenir à la domination française. La France ignore ces revendications et s’engage dans un conflit et une guérilla impopulaire. L’armée française et vaincue à Dièn Biên Phu en 1954. Les accords de Genève donne l’indépendance au Cambodge, au Laos et au Vietnam.

Le Vietnam est divisé entre Nord et Sud. Les États-Unis, dans l’idée d’empêcher l’exécution des étapes de la « théorie des dominos »  manœuvrent très vite pour intervenir davantage au Vietnam. Les États-Unis s’engagent alors dans un long conflit, très impopulaire, et en territoire difficile, qui se terminera par un échec en 1975.

#c) L’Indonésie (Indes néerlandaises) et la Malaisie

Dans les Indes néerlandaises, le leader Soekarno proclame en 1945 l’indépendance de l’Indonésie. Les Pays-Bas commence à réprimer le mouvement et arrêtent le leader. Cependant, la pression de l’ONU et des États-Unis les obligent à céder. Les États-Unis voient en Soekarno un rempart contre l’influence soviétique.

La Malaisie se libère de l’Empire britannique en 1957, après une résistance par la guérilla.

#B. En Afrique, et en Asie à partir de 1954

#a) Le Maghreb

La France doit faire face à une insurection provoquée par le FLN en Algérie dès 1954. Cette situation en Algérie l’incite à négocier l’indépendance au Maroc et en Tunisie en 1956. Le conflit en Algérie s’enlise. L’indépendance n’intervient qu’en 1962. Suite aux accord d’Évian

#b) L’Afrique noire

Le processus de décolonisation est plus aisé en Afrique noire. Entre 1954 et 1963, ce sont plus de 20 états qui obtiennent leur indépendance. La coopération économique est forte avec l’ancien colonisateur. Les Britanniques créent le Commonwealth. La Ve République française de 1958 ébauche ce qui constituera des liens forts, parfois néo-coloniaux (Françafrique).

#c) Les dernières vagues

Entre 1961 et 1975, d’autres pays accèdent à l’indépendance en Afrique et au Moyen-Orient.  Notons le cas des pays de l’ancien empire portugais. L’Angola et le Mozambique débutent des guérillas en 1960 et obtiennent l’indépendance en 1975.

La Rhodésie (du nom de Cecil Rhodes, Malawi, Zambie et Zimbabwe actuels) devient indépendante après une longue guérilla de 1965 à 1980. Mugabe rebaptise la Rhodésie du Sud en Zimbabwe.

Hong Kong est rétrocédée à la Chine en 1997, et Macao en 1999.

#3. La contestation de l’ordre bipolaire par les pays du Tiers-Monde

#A. L’émergence du Tiers-Monde et l’affirmation des non-alignés

#a) La conférence de Bandung

À l’initiative de Soekarno (Indonésie), de Nasser (Egypte) et Nehru (Inde), la conférence de Bandung a lieu en Indonésie en Avril 1955. Elle regroupe 29 pays africains et asiatiques désireux de faire leur place sur la scène internationale. La conférence dénonce le colonialisme et certains pays font la promotion du non-alignement : n’être ni du côté américain, ni du côté soviétique.

C’est l’acte de naissance du « Tiers-Monde », d’après le mot du démographe français Alfred Sauvy (qui se réfère au Tiers-État), inventé trois ans auparavant.

Les pays africains sont sous-représentés comme la plupart ne sont pas encore décolonisés

#b) Le succès de l'affirmation du non-alignement

La conférence qui suit se tient à Belgrade, en Septembre 1961, dans la Yougoslavie de Tito. Il s’enthousiasme de ce non-alignement, lui qui veut créer un socialisme différent de celui Moscou.

Le Tiers-Monde devient un acteur de poids à l’ONU. Avec la décolonisation, les pays sont majoritaires à l’Assemblée. La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le développement (CNUCED) créée en 1964 s’attache à rééquilibrer les échanges en faveur des pays les moins favorisés.

#B. De nouveaux mouvements et de nouveaux modèles

#a) Le panarabisme

Des coopérations culturelles et économiques voient le jour. C’est le cas du panarabisme avec dès 1945 la création de la Ligue Arabe. 

En 1960, des pays pétroliers créent l’OPEP, Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole.

En 1963, les pays d’Afrique subsaharienne fondent l’OUA, Organisation de l’Union Africaine. C’est un panafricanisme apaisé qui voit le jour.

#b) De nouveaux modèles

Parmi les pays qui s’affirment, certains souhaitent servir de modèle. La Chine qui s’affirme sur la scène internationale depuis son intervention en Corée s’improvise, championne de la lutte anti-impérialiste.

Elle participe à la conférence de Bandung sans en être à l’initiative, via la présence de Zhou Enlai. Mao mène la Chine dans une quête de puissance qui semble fonctionner. La déstalinisation lui déplait, il rompt progressivement l’amitié sino-soviétique en 1960, et multiplie les contacts avec l’étranger.

Le rapprochement avec les États-Unis en 1972 permet à la RPC d’obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, siège qui était revenu à Taiwan à la création de l’ONU

Le modèle chinois connaît un certain succès, outre le soutien apporté au Vietminh, notamment en France et en Belgique. Les intellectuels de gauche sont séduits par l’idée d’une sortie du stalinisme par le haut, probablement parce qu’ils ignorent la situation intérieur de la RPC

#C. Un monde multipolaire plus complexe

#a) Le nationalisme arabe

Les victoires d’Israël exaltent davantage le panarabisme, à la fois dans la région mais aussi contre les États-Unis.

Nasser en Égypte devient un des leaders du Tiers-Monde. L’épisode de la nationalisation du Canal de Suez de 1956 lui donne un prestige immense.

Les interventions contre Nasser sont stoppées par l’ONU : c’est un échec diplomatique pour l’Occident et un succès pour Nasser, qui obtient de plus le soutien financier de l’URSS pour bâtir le barrage d’Assouan

#b) Les conflits avec Israël

La guerre du Kippour, en Octobre 1973, voit l’attaque d’Israël par l’Égypte, désormais dirigée par Anouar El Sadate. Les superpuissances font pression pour l’arrêt du conflit au profit d’Israël.

Le nationalisme arabe en est d’autant plus exacerbé. On estime que la victoire a été volée. Les pays arabes de l’OPEP font monter le prix du pétrole, représailles géopolitiques, ce qui génère le premier choc pétrolier.