1. Un monde bipolaire au temps de la guerre froide
L'URSS s'est retrouvée du côté des Alliés à cause de l'invasion nazie (operation Barbarossa) du territoire soviétique. Or, cette grande alliance ne peut tenir et se fissure. Les idéologies capitalistes et communistes sont incompatibles.
Les conférences de guerre (Téhéran en 1943 ; Yalta, en février 1945 ; Potsdam, en juillet 1945) montrent des désaccords profonds. Enfin, l'URSS dénonce l'impérialisme américain et les États-Unis dénoncent l'expansionnisme soviétique.
#1. Deux modèles idéologiques opposés et la formation de blocs antagonistes
#A. États-Unis : un modèle idéologique libéral et capitaliste
#a) Le modèle politique étasunien
Le régime politique des États-Unis s'appuie sur les libertés fondamentales (presse, réunion, association), le pluripartisme (plusieurs partis politiques) et l'élection.
#b) Le modèle économique étasunien
Sur le plan économique, ils défendent l'entreprise privée et admettent les inégalités de richesse. Ils croient en la prospérité individuelle.
#B. URSS : un modèle collectiviste et communiste
#a) Égalité sociale et collectivisation des moyens de production
Le régime soviétique a accompli une révolution pour mettre fin à la lutte des classes et arriver à une égalité totale. Les moyens de production sont collectivisés, c'est-à-dire les usines, les moyens de transport et le commerce. Les leaders communistes croient en une prospérité collective.
#b) Le régime politique soviétique
Le modèle est totalitaire : le parti communiste est le seul autorisé, les libertés fondamentales n'existent pas, les opposants sont pourchassés et réprimés. Pourtant, l'URSS se présente comme le pays de la vraie démocratie, la « démocratie populaire ».
#2. Une division du monde en deux blocs : une guerre économique, technologique et une guerre de l'information
#A. Organisation des blocs économiques
#a) Le plan Marshall
Les États-Unis fournissent une aide financière aux pays d'Europe de l'Ouest : c'est le plan Marshall établi en 1948. Celui-ci distribue de l'argent aux pays qui en ont besoin pour la reconstruction des économies d'après-guerre. Le projet est proposé à tous les pays, y compris à l'URSS. Majoritairement, ce sont les pays d'Europe occidentale qui l'acceptent. La Yougoslavie de Tito, régime communiste, prend ses distances avec Moscou en l'acceptant également.
#b) Le Comecon ou CAEM
L'URSS crée le Comecon (ou CAEM, Conseil d'Aide Économique Mutuelle). Il distribue des aides aux « démocraties populaires » (les pays situés derrière le rideau de fer). L'URSS soutient ainsi l'industrie et l'économie de ses alliés.
#B. Organisation des blocs militaires
L'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) est créée en 1949. Il s'agit d'une coalition pro-américaine. En réaction, l'URSS consolide son bloc en signant le pacte de Varsovie avec les États d'Europe de l'Est en 1955.
#C. Une propagande intense
Les deux Grands se livrent à une guerre de l'information dans le monde, surtout par la radio. La Voix de l'Amérique est une radio publique américaine qui diffuse les idées américaines à l'étranger. Radio Free Europe, financée par la CIA, émet en Europe de l'Est et y dénonce le manque de liberté. L'URSS s'appuie sur Radio Moscou et trouve un relais pour sa propagande chez les partis communistes d'Europe de l'Ouest. L'URSS mobilise l'art et la culture contre le camp ennemi. Aux États-Unis, le cinéma, la littérature populaire et les bandes dessinées développent des thèmes anticommunistes. Les « bons » sont les Américains et les « méchants » les Soviétiques. Les films américains sont ensuite diffusés dans de nombreux pays.
#D. La course à l'espace
La conquête spatiale est un moyen pour les deux Grands de montrer leur supériorité. C'est pourquoi ils se livrent à « la course à l'espace ». Le premier homme envoyé dans l'espace est le Soviétique Youri Gagarine.
#E. La répression des ennemis de l'intérieur
Chaque État cherche à empêcher la propagation des idées de l'adversaire chez lui. En URSS, les opposants sont persécutés, même après la mort de Staline en 1953, et les « dissidents » sont arrêtés ou expulsés. Aux États-Unis, c'est une véritable chasse aux sorcières. Sous le maccarthysme, les Américains soupçonnés d'être communistes sont chassés de leur emploi, parfois emprisonnés.
#3. Un affrontement durable et indirect
#A. L'expansionnisme soviétique
Après 1945, l'URSS étend son influence. Un régime communiste est créé en Corée du Nord après la capitulation du Japon en 1945. Entre 1946 et 1949, dans les pays d'Europe de l'Est libérés et occupés par l'Armée rouge, les communistes s'emparent progressivement de tous les pouvoirs et créent des « démocraties populaires ». En Chine, Mao Zedong installe un régime communiste en 1949.
#B. L'impérialisme américain
En mars 1947, en réaction à l'expansionnisme soviétique et à l'alerte donnée par Churchill en 1946 sur la présence d'un rideau de fer en Europe, le président Truman formule la doctrine Truman pour endiguer le communisme, qui est alors décrit comme un virus. Il s'agit aussi de montrer au monde par tous les moyens que le modèle américain défend la liberté, qu'il est préférable et qu'il amène la prospérité. Pour justifier la nécessité d'endiguer le communisme, les États-Unis établissent la « théorie des dominos » : si un État tombe aux mains des communistes, alors son voisin tombera, et ainsi de suite.
#C. Les crises de la guerre froide
#a) Le blocus de Berlin (1948-1949)
De 1947 à 1962, plusieurs crises éclatent entre les États-Unis et l'URSS. Le blocus de Berlin par les Soviétiques a lieu en 1948 et 1949. L'URSS coupe les axes de communication et bloque l'accès à la ville. En réaction, les États-Unis organisent un pont aérien pour ravitailler Berlin-Ouest. Au bout de plusieurs mois, le blocus est levé, sans qu'aucune des superpuissances ne soit victorieuse. À la fin de la crise, la RFA (République fédérale allemande, pro-américaine) et la RDA (République démocratique allemande, pro-soviétique) sont créées.
#b) La guerre de Corée (1950-1953)
La Corée, qui avait été occupée par le Japon, est divisée en deux après la guerre. La Corée du Nord est sous influence soviétique et met en place un gouvernement communiste, tandis que la Corée du Sud est sous influence américaine. La situation dégénère lorsque la Corée du Nord envahit la Corée du Sud en 1950. À l'époque, Truman profite du fait que l'URSS ne siège pas au Conseil de sécurité de l'ONU, et ne peut s'y opposer par un veto, pour faire voter une résolution en faveur d'une intervention internationale. La contre-offensive des forces de l'ONU (88 % de soldats américains) est victorieuse et parvient à repousser les Nord-Coréens bien au-delà de leur point de départ, et même jusqu'à la frontière chinoise. Le général américain MacArthur préconise même d'entrer en Chine pour se débarrasser des communistes chinois. Cependant, 1,7 million de volontaires chinois forcent les troupes de l'ONU à se replier. L'épisode fixe la frontière au niveau du 38e parallèle. On en revient donc à la frontière d'avant le conflit. La guerre prend officiellement fin avec un pacte de non-agression signé en 1953, sous l'impulsion d'Eisenhower.
#c) Le mur de Berlin (1961)
La construction du Mur de Berlin commence dans la nuit du 12 au 13 août 1961. Pour empêcher la fuite massive de ses habitants vers l'Ouest capitaliste, la RDA (République démocratique allemande, communiste) érige d'abord des barbelés, rapidement remplacés par un mur de béton bétonné et surveillé. En séparant brutalement des familles et une ville en deux, ce « mur de la honte » devient le symbole ultime de la guerre froide et de la division du monde en deux blocs opposés.
#d) La crise de Cuba (1962)
En octobre 1962, la crise de Cuba pousse le monde au bord d'une guerre nucléaire. Tout commence lorsque des avions espions américains découvrent que l'URSS installe des missiles nucléaires sur l'île de Cuba, un allié communiste situé juste en face des États-Unis. Le président américain John F. Kennedy réagit immédiatement en imposant un blocus maritime pour empêcher l'arrivée de nouveaux navires soviétiques, entraînant un face-à-face ultra-tendu entre les deux superpuissances. Le conflit se résout par la diplomatie lorsque le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev accepte de retirer ses missiles. En contrepartie, Kennedy s'engage à ne pas envahir Cuba et retire secrètement des armes américaines basées en Turquie. Conscients d'avoir frôlé le pire, les deux dirigeants installent ensuite le « téléphone rouge » (en réalité un télégraphe), une ligne directe permettant de communiquer instantanément entre Washington et Moscou, qui ouvre une période de Détente.
#e) La guerre du Vietnam (1955-1975)
Cette guerre est un autre conflit majeur de la guerre froide, opposant le Nord-Vietnam communiste (soutenu par l'URSS et la Chine) au Sud-Vietnam anticommuniste, massivement aidé par l'armée des États-Unis. C'est la seule guerre dans laquelle les États-Unis interviennent directement. Face à la guérilla acharnée du Vietcong et enlisés dans un conflit impopulaire et ultra-violent, les Américains finissent par retirer leurs troupes en 1973. La guerre s'achève en 1975 par la victoire du Nord et la réunification du pays sous un régime communiste, marquant un traumatisme majeur et un échec historique pour les États-Unis.
#D. La « guerre fraîche »
Après une période de détente, favorisée par une meilleure communication entre les deux grandes puissances (1962-1975), les tensions reprennent. Le président américain Reagan (1980-1988), qui défend une doctrine ultra-libérale, accuse l'URSS d'être « l'empire du Mal » et fait installer des missiles nucléaires en RFA face aux missiles soviétiques déployés en Europe de l'Est. Ce bras de fer, appelé la crise des Euromissiles, s'accompagne d'une relance massive de la course aux armements. Reagan lance notamment le projet de bouclier spatial « l'IDS » ou « guerre des étoiles », affaiblissant l'URSS qui ne peut plus suivre le rythme financièrement.
#4. La fin de la guerre froide
#A. Des tensions apaisées à l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev
Cette ultime période de forte rivalité s'achève à partir de 1985 avec l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev à la tête de l'Union soviétique. Partisan de l'apaisement, il signe avec le président Reagan le premier traité de désarmement nucléaire.
#B. Les réformes en URSS
Conscient de la crise économique qui frappe son pays, le nouveau dirigeant choisit de négocier le désarmement avec les États-Unis et engage des réformes de restructuration et de transparence de l'URSS (la Perestroïka et la Glasnost). L'URSS s'ouvre un peu plus aux marchés mondiaux.
#C. Une plus grande liberté accordée aux membres du pacte de Varsovie
Gorbatchev autorise aussi les « démocraties populaires » à suivre leur propre voie. Ce recul de l'influence soviétique favorise la contestation en Europe de l'Est et mène à la chute du mur de Berlin en 1989, puis au renversement de nombreux régimes, notamment en Pologne et en Roumanie, avant la disparition de l'URSS en 1991.
#D. Les mouvements nationaux et la dislocation de l'URSS
En 1991, les principales nationalités de l'URSS proclament leur indépendance. L'Union soviétique en tant qu'État se morcelle en 15 États et se disloque à la fin de l'année. C'est donc la fin de la guerre froide. Les États-Unis sont en situation hégémonique. Ils deviennent une « hyperpuissance » face à des puissances régionales qui ne peuvent pas encore rivaliser.