3. Femmes et hommes dans la société des années 1950 aux années 1980 : nouveaux enjeux sociaux et culturels, réponses politiques
#1. Des mutations économiques et démographiques majeures
#A. La prospérité des Trente Glorieuses (1945-1973)
La France connaît une période de forte croissance économique et d'élévation rapide du niveau de vie. Cette prospérité est portée par le baby-boom, une forte augmentation de la natalité qui rajeunit la population et stimule la consommation (équipement des ménages en voitures, électroménager, télévision). Parallèlement, la modernisation de l'agriculture entraîne un intense exode rural : les campagnes se dépeuplent au profit des villes, transformant la France en une société majoritairement urbaine et salariée. Pour répondre au manque de main-d'œuvre, l'État fait massivement appel à l'immigration.
#B. La rupture des chocs pétroliers et la montée du chômage
En 1973 et 1979, les chocs pétroliers brisent cette dynamique et marquent la fin des Trente Glorieuses. L'économie mondiale entre en crise. La France subit de plein fouet la désindustrialisation, provoquant l'apparition et la progression rapide d'un chômage de masse. Cette nouvelle précarité transforme profondément la société. Elle frappe en priorité les ouvriers, les jeunes et les immigrés, mettant fin à la période de plein emploi et installant la peur de la crise.
#2. L’évolution des mentalités et les contestations sociales
#A. L'émancipation des femmes
La structure familiale et le rôle des femmes évoluent profondément. Les femmes s'insèrent massivement sur le marché du travail, ce qui favorise leur indépendance financière. Les mentalités changent quant à leur autonomie. La loi de 1965 leur permet enfin d'ouvrir un compte bancaire ou d'exercer un métier sans l'autorisation de leur mari. Les femmes revendiquent l'égalité des droits au travail comme au sein du foyer, bouleversant le modèle traditionnel de la famille.
#B. La place de la jeunesse et l'explosion de Mai 68
Grâce au baby-boom et à l'allongement de la scolarité, la jeunesse devient une catégorie sociale à part entière, avec sa propre culture (musique, mode). En mai 1968, cette jeunesse étudiante se révolte contre l'autorité traditionnelle, le conservatisme de la société et le manque de libertés. Rejoints par les ouvriers lors d'une immense grève générale, ils ébranlent le pouvoir politique. Mai 68 agit comme un accélérateur culturel, libérant la parole et imposant de nouvelles aspirations (liberté d'expression, égalité hommes-femmes, autonomie des jeunes).
#C. Tensions sociales et émergence du racisme politique
La crise économique des années 1970 ravive les tensions sociales. Alors que l'immigration avait été encouragée pendant les Trente Glorieuses, l'arrêt officiel de l'immigration de travail en 1974 modifie la donne. Les populations immigrées s'installent durablement avec leurs familles (regroupement familial). Dans un contexte de montée du chômage, des discours xénophobes émergent et le racisme se politise, notamment avec la montée électorale du Front National au début des années 1980. En réaction, la jeunesse issue de l'immigration s'organise, illustrée par la Marche pour l'égalité et contre le racisme en 1983.
#3. Les grandes réformes législatives et sociétales
#A. La légalisation de l'avortement (1975)
Portée par la ministre de la Santé Simone Veil sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, la loi Veil de 1975 légalise l'IVG (Interruption volontaire de grossesse). Cette loi marque une étape historique majeure pour le droit des femmes et la maîtrise de leur corps, complétant la loi de 1967 qui avait autorisé la contraception (la pilule). Elle met fin aux avortements clandestins qui mettaient en danger la vie de milliers de femmes.
#B. L'abaissement de la majorité civile à 18 ans (1974)
Pour répondre aux aspirations de la jeunesse exprimées en Mai 68, le président Valéry Giscard d'Estaing abaisse la majorité civile et électorale de 21 ans à 18 ans en 1974. Cette réforme intègre instantanément des millions de jeunes dans la vie démocratique, leur donnant le droit de vote, de se marier ou de signer un contrat sans l'accord de leurs parents.
#C. L'abolition de la peine de mort (1981)
Portée par le garde des Sceaux Robert Badinter au début du premier septennat de François Mitterrand, la loi du 9 octobre 1981 abolit la peine de mort en France. Cette décision inscrit la France dans le sillage des grandes démocraties européennes de l'immédiat après-guerre et marque un tournant humaniste majeur dans le droit pénal français, remplaçant la guillotine par la réclusion criminelle à perpétuité.