2. La Ve République, de la République gaullienne à l’alternance et à la cohabitation
#1. La République gaullienne : 1958-1969
#A. Un pouvoir exécutif fort et la présidentialisation du régime
Adoptée en 1958, la Constitution de la Ve République rompt avec l'instabilité passée en donnant la priorité au pouvoir exécutif. Le président de la République devient la clé de voûte des institutions. Il nomme le Premier ministre et peut dissoudre l'Assemblée nationale. En 1962, le général de Gaulle renforce encore ce rôle en faisant adopter par référendum l'élection du président au suffrage universel direct. C'est le début de la présidentialisation du régime, où le chef de l'État possède une légitimité démocratique unique face aux députés.
#B. Une politique de grandeur nationale
Le général de Gaulle mène une politique étrangère visant à restaurer le rang de la France comme grande puissance indépendante, dans un monde marqué par la guerre froide. Pour s'affranchir de la tutelle des États-Unis, il dote la France de la bombe atomique (1960) et retire le pays du commandement militaire de l'OTAN (1966). Il développe également de grands projets industriels et technologiques de pointe (le programme spatial, le train à grande vitesse, l'aéronautique) pour affirmer la souveraineté économique du pays.
#C. La crise de mai 1968
En mai 1968, la France traverse la plus grande crise sociale de son histoire contemporaine. Déclenchée par les étudiants qui rejettent une société jugée trop conservatrice et autoritaire, la contestation se transforme en une grève générale impliquant près de 10 millions de travailleurs. Les usines sont occupées et le pays est paralysé pendant plusieurs semaines. Si de Gaulle parvient à rétablir l'ordre à court terme après les accords de Grenelle et des élections législatives, cette crise ébranle son pouvoir. Il démissionne un an plus tard, en 1969, après l'échec d'un référendum.
#2. Stabilité et tournant : de la droite à la gauche socialiste
#A. La continuité de la droite au pouvoir (1969-1981)
Après le départ de de Gaulle, la droite gaulliste et libérale conserve le pouvoir. Georges Pompidou (1969-1974) poursuit la modernisation industrielle du pays, puis Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981) engage d'importantes réformes sociétales pour répondre aux aspirations de la jeunesse d'après-1968 : abaissement de la majorité civile et électorale à 18 ans, et légalisation de l’IVG (Interruption volontaire de grossesse) portée par Simone Veil en 1975.
#B. Le socialisme et l’alternance (1981)
En mai 1981, l’élection de François Mitterrand marque la première alternance de la Ve République. C’est le passage du pouvoir de la droite à la gauche socialiste. Cette victoire prouve la solidité des institutions de 1958, qui survivent à un changement de camp politique. Le gouvernement de gauche mène de grandes réformes politiques et sociales : abolition de la peine de mort, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés et lois de décentralisation qui transfèrent des compétences de l'État vers les collectivités locales.
#3. Cohabitations et recomposition politique
#A. Les cohabitations et le quinquennat
Lorsque le président de la République perd les élections législatives, il est contraint de nommer un Premier ministre issu de la majorité parlementaire adverse : c'est la cohabitation. La France en connaît trois (deux sous Mitterrand entre 1986 et 1993, et une sous Jacques Chirac entre 1997 et 2002). Le pouvoir exécutif est alors partagé, le président se concentrant sur la politique étrangère et le Premier ministre sur la politique intérieure. Pour limiter ce blocage, le passage au quinquennat (mandat de 5 ans au lieu de 7) est adopté en 2002, alignant les élections présidentielles et législatives afin de garantir une majorité au président.
#B. La recomposition politique et le défi de l'euroscepticisme
L'élection d'Emmanuel Macron en 2017 bouleverse le paysage politique traditionnel en prétendant briser le clivage historique entre la droite et la gauche au profit d'un supposé centre. Cette recomposition politique s'accompagne d'une montée des partis dits "populistes" ou extrêmes, nourrie par l'euroscepticisme (la méfiance d'une partie des citoyens envers l'Union européenne) et le sentiment d'une perte de souveraineté nationale face à la mondialisation. La vie politique française contemporaine est ainsi marquée par de profondes fractures électorales et le défi constant de maintenir le lien démocratique.