2. Démocraties fragilisées et expériences totalitaires dans l'Europe de l’entre-deux-guerres
#1. La mise en place des totalitarismes à l’issue des crises des années 1920
#A. La mise en place du totalitarisme soviétique
#a) L’ascension bolchevique
En 1917, les difficultés de la guerre provoquent des rassemblements d'ouvriers, de paysans et de soldats appelés les Soviets. Le chef des Bolcheviks, Lénine, veut leur donner tout le pouvoir. Le 25 octobre 1917, ses partisans s'emparent du pouvoir lors de la révolution d'Octobre. Lénine élimine progressivement les autres partis pour imposer un parti unique.
#b) Lénine, puis Staline
Dès 1918, Lénine installe une dictature en créant une police politique et les premiers camps de travail pour arrêter les opposants. En 1922, l'URSS est officiellement fondée. À la mort de Lénine en 1924, Staline écarte son rival Trotski et prend seul le pouvoir en 1929.
#c) Grande dépression et montée des extrêmes vues par Staline
Staline profite de la crise économique mondiale de 1929 pour affirmer que le modèle capitalistique est en train d'échouer. Il lance une industrialisation et une collectivisation très rapides de l'économie soviétique. Il utilise aussi la menace des pays voisins pour renforcer son autorité sur la population.
#B. La mise en place du totalitarisme italien
#a) La « victoire mutilée »
Après la Première Guerre mondiale, l'Italie traverse une grave crise sociale marquée par de nombreuses grèves d'ouvriers. Les Italiens sont aussi très déçus par les traités de paix de 1919, car ils n'ont pas obtenu tous les territoires promis. Cette déception est appelée la « victoire mutilée ».
#b) Naissance du fascisme
En 1919, Benito Mussolini fonde le Parti fasciste. Il regroupe les mécontents autour d'idées nationalistes et violentes. Ses militants, les Chemises noires, s'attaquent aux communistes et aux grévistes. Mussolini se présente alors comme le seul capable de ramener l'ordre dans le pays.
#c) Mise en place de la dictature
En octobre 1922, Mussolini organise la « Marche sur Rome » avec ses militants pour impressionner le pouvoir. Face à cette pression, le roi Victor-Emmanuel III cède et le nomme chef du gouvernement.
#d) Les lois « fascistissimes »
Mussolini supprime peu à peu la démocratie. Entre 1925 et 1926, il fait voter les lois « fascistissimes » qui interdisent les partis d'opposition, suppriment la liberté de la presse et créent une police politique. L'Italie devient une dictature sous son contrôle absolu.
#C. La mise en place du totalitarisme nazi
#a) Les fragilités de la République de Weimar
La nouvelle République de Weimar, née après la défaite de 1918, est très contestée. Beaucoup d'Allemands n'acceptent pas le traité de Versailles, qu'ils considèrent comme une humiliation. La jeune république est soumise à une violence politique extrême. La crise économique de 1929 aggrave brutalement la pauvreté et le chômage, ce qui rend la situation politique très instable.
#b) L’ascension d’Hitler et la consolidation du pouvoir
Adolf Hitler, chef du parti nazi (NSDAP), profite de la crise pour se présenter comme le sauveur du pays. Les libéraux centristes, croyant pouvoir l'utiliser, veulent en faire un allié. Le président Hindenburg le nomme Chancelier le 30 janvier 1933. Très vite, il prétexte l'incendie du Parlement pour interdire le parti communiste et obtenir des pouvoirs étendus.
#c) La mise en place de la terreur et d’un pouvoir sans limite
Hitler élimine ses opposants, mais aussi ses propres rivaux internes lors de la « Nuit des longs couteaux » en Juin 1934. À la mort du président Hindenburg en août 1934, Hitler contrôle l'armée et cumule tous les pouvoirs : il devient le Führer du Troisième Reich.
#2. Similitudes et contrastes entre les régimes totalitaires
#A. La création d’un monde nouveau, aspects communs des idéologies totalitaires
#a) La primauté de la communauté sur l’individu
Dans ces trois régimes, les libertés individuelles sont supprimées au profit du groupe. Pour les Soviétiques, seule compte la classe ouvrière ; pour les Italiens, c'est la force de l'État ; pour les Nazis, c'est la communauté raciale. Tous utilisent la censure, la propagande et la terreur policière pour contrôler les esprits.
#b) La création ou la renaissance d’un homme nouveau
Les trois dictatures veulent fabriquer un « homme nouveau », entièrement dévoué au régime. Les Soviétiques imaginent un travailleur libéré du capitalisme, les fascistes forment un citoyen soldat nostalgique de la Rome antique, tandis que les nazis cherchent à former un guerrier purifié appartenant à la race supérieure.
#B. Contrastes idéologiques des idéologies totalitaires
#a) Spécificités de l’idéologie soviétique
L'URSS veut créer une société parfaitement égalitaire et sans classes sociales. Pour cela, Staline supprime la propriété privée et prend le contrôle complet de l'économie. Contrairement aux régimes fascistes, son objectif affiché n'est pas de conquérir de nouveaux territoires, mais plutôt de propager le modèle révolutionnaire. Pour les communistes, la religion est bannie, car c'est "l'opium du peuple".
#b) Spécificités de l’idéologie fasciste
Mussolini veut redonner à l'Italie la grandeur de l'ancien Empire romain (Mare Nostrum). Il mène une politique étrangère agressive et colonise l'Éthiopie en 1935. Le fascisme utilise constamment la violence et l'action militaire pour affirmer sa puissance, tout en maintenant de bons rapports avec l'Église catholique. Le romain vertueux est un croyant.
#c) Spécificités de l’idéologie nazie
Le nazisme repose avant tout sur le darwinisme social et l'antisémitisme. Dès 1935, les lois de Nuremberg excluent les Juifs de la société allemande. Hitler cherche à conquérir un « espace vital » (Lebensraum) à l'Est, pour l'épanouissement de la race aryenne, ce qui conduira plus tard à l'extermination systématique des Juifs, des Slaves et des Tziganes.
#C. Les mécanismes du pouvoir totalitaire
#a) Le culte du chef
Chaque régime repose sur l'adoration absolue d'un leader suprême : le « Vojd » Staline en URSS, le « Duce » Mussolini en Italie et le « Führer » Hitler en Allemagne. La propagande utilise les affiches, la radio et le cinéma pour les présenter comme des guides infaillibles que la population doit vénérer sous peine de sanctions.
#b) Le parti unique
Un seul parti politique est autorisé dans chaque pays : le Parti communiste en URSS, le Parti fasciste en Italie et le NSDAP en Allemagne. Ce parti unique contrôle l'ensemble des institutions de l'État, tandis que toute forme d'opposition politique est strictement interdite et pourchassée.
#D. Le dirigisme de l’État et le contrôle de la population
#a) Des économies dirigées
L'État prend la direction de l'économie. En URSS, Staline fixe des plans quinquennaux obligatoires pour industrialiser le pays. En Allemagne et en Italie, les régimes orientent l'économie vers le réarmement et lancent de grands travaux de construction pour réduire le chômage.
#b) L’endoctrinement
L'endoctrinement vise en priorité les enfants pour former les futurs citoyens dévoués au régime. La jeunesse est obligatoirement encadrée dans des organisations d'État : les Komsomols en URSS, les Fils de la Louve en Italie, ainsi que les Jeunesses hitlériennes en Allemagne. À l'école, les programmes scolaires sont réécrits et les livres opposés à l'idéologie sont censurés ou brûlés lors d'autodafés.
#c) La mobilisation des masses et la propagande
Toute la société est surveillée et encadrée, des syndicats officiels jusqu'à l'organisation des loisirs. La propagande est permanente et orchestrée par des figures comme Goebbels en Allemagne ou Jdanov en URSS. Les artistes et les journalistes doivent obligatoirement vanter les mérites du régime.
#d) Terreur, répression, déportation
La population est maintenue dans une peur constante grâce à l'action de polices politiques redoutables : la Tcheka et le NKVD en URSS, l'OVRA en Italie, ainsi que la Gestapo en Allemagne. Les opposants sont traqués, exécutés ou déportés dans des camps de travail, comme le Goulag soviétique, les îles Lipari en Italie ou les camps de concentration allemands.