1. Civils et militaires dans la Première Guerre mondiale

#1. Une guerre européenne qui se mondialise

#A. Les racines européennes du conflit

#a) Les rivalités entre puissances européennes

#b) Militarisme et nationalisme

#c) Les alliances défensives

#d) L'engrenage vers la guerre

#B. Un conflit qui se mondialise

#a) Par la multiplication des alliances

#b) Par la multiplication des fronts

#C. Un conflit en trois phases

#a) 1914 : La guerre de mouvement

La guerre commence par une guerre de mouvement rapide et violente. Les Allemands envahissent la Belgique puis attaquent le Nord de la France. L'armée française les stoppe lors de la bataille de la Marne en septembre 1914. À la fin de l'année, le front se bloque : aucun camp n'arrive à percer.

#b) 1915-1917 : La guerre de position (ou de tranchées

Les armées s'enterrent face à face dans des tranchées : c'est la guerre de position. C'est une guerre d'usure extrêmement meurtrière où l'on cherche à épuiser l'adversaire.En 1916, la bataille de Verdun (symbole de la violence de masse subie par les Poilus) et la bataille de la Somme font chacune des centaines de milliers de morts sans débloquer le front.

#c) 1917-1918 : Le tournant de la guerre et le retour au mouvement

L'année 1917 marque le tournant du conflit :Lassés par la souffrance, des soldats se mutinent dans les tranchées. La Russie sort du combat à la suite de la révolution bolchevik de Lénine. Les États-Unis entrent en guerre aux côtés de la France et du Royaume-Uni.En 1918, la guerre de mouvement reprend. Grâce au renfort des troupes américaines et à l'usage des premiers chars d'assaut, les Alliés repoussent les Allemands. L'Allemagne, épuisée, signe l'armistice le 11 novembre 1918.

#2. Violence de masse sans précédent, mobilisation totale et brutalisation des populations

#A. Le quotidien et la brutalité des combats sur le front

#a) La vie dans les tranchées

Le conflit s'enlise dans une guerre de position (ou guerre de tranchées). Les soldats français, surnommés les Poilus, s'enterrent dans le sol pour se protéger. Au-delà des combats, leur quotidien est marqué par des souffrances physiques permanentes. Les Poilus vivent dans la boue qui peut décomposer les chairs, ainsi que dans un froid parfois glacial. Ils manquent d'hygiène, subissent la faim et la soif, et subissent la présence constante de la vermine et des rats.

Pour occuper les longs temps d'attente entre deux attaques et tromper la peur de la mort, les soldats développent une production artistique artisanale. À partir des matériaux de récupération ramassés sur le champ de bataille (douilles d'obus en cuivre, aluminium, bois), ils façonnent des vases, des briquets, des bagues ou des douilles sculptées. Cet artisanat de tranchée constitue un moyen de conserver leur humanité face à la barbarie.

#b) La menace des nouvelles armes chimiques

La Première Guerre mondiale marque l'entrée de la chimie industrielle dans le conflit. À partir de 1915, les armées emploient des gaz asphyxiants (comme le gaz moutarde). Ces produits brûlent les voies respiratoires, aveuglent et étouffent les soldats dans des douleurs atroces. Le masque à gaz devient alors un équipement de survie obligatoire et permanent au front.

#c) L'usage de l'artillerie

C'est avant tout une guerre d'artillerie. Les obus sont responsables de plus de 70 % des pertes. 1,4 milliard d'obus ont été tirés au total par l'ensemble des belligérants entre 1914 et 1918, dont 60 millions pendant la seule bataille de Verdun en 1916. Lors des grandes batailles, les pilonnages durent plusieurs jours sans interruption, détruisant le paysage. Ce bombardement permanent entraîne un traumatisme psychologique majeur : le Shell Shock. Les soldats victimes souffrent de tremblements incontrôlables, de surdité, de mutisme ou de crises de démence.

#d) L'engagement des troupes coloniales

Le conflit devient mondial, car les puissances européennes mobilisent les ressources humaines de leurs empires coloniaux. La France fait appel à des centaines de milliers de soldats venus d'Afrique du Nord, d'Afrique subsaharienne, d'Indochine et de Madagascar. Utilisés dans les combats les plus violents, ils paient un lourd tribut à la victoire.

#B. La mobilisation des esprits

#a) La censure militaire

Afin de préserver le moral de la population et de ne pas informer l'ennemi, l'État français met en place un strict contrôle de la correspondance. Le bureau de la censure lit les lettres envoyées par les Poilus à leurs familles et rature au feutre noir ou découpe tous les passages décrivant la réalité des massacres, l'horreur des tranchées ou les critiques du commandement.

#b) Le « bourrage de crâne » à l'arrière

Parallèlement à la censure, la presse et l'affichage d'État diffusent une propagande mensongère et caricaturale pour maintenir l'effort de guerre. Les journaux minimisent la puissance de l'armée adverse et ridiculisent le danger, affirmant par exemple que « les balles allemandes ne blessent pas » (dans L'Écho de Paris ou Le Petit Journal). Les soldats au front dénoncent ce mensonge sous le nom de « bourrage de crâne ».

#c) Les mutineries de 1917

En 1917, face à la prolongation de la guerre et à l'échec d'offensives meurtrières, des mutineries éclatent. Des régiments entiers refusent de remonter à l'assaut. Les soldats réclament la fin des attaques suicidaires et de meilleures conditions de vie. La répression judiciaire est ciblée, avec des soldats fusillés pour l'exemple.

#C. La mobilisation à l'arrière

#a) La mobilisation des femmes

La guerre étant totale, toute la société est mobilisée. En l'absence des hommes partis au front, les femmes remplacent la main-d'œuvre masculine dans les champs, les transports, mais surtout dans les usines d'armement. Surnommées les « Munitionnettes », elles fabriquent quotidiennement des milliers d'obus et d'armes dans des conditions de travail pénibles et toxiques, s'imposant comme un maillon indispensable de la défense nationale.

#b) L'effort financier et les pénuries

La guerre coûte extrêmement cher aux États. Pour financer l'achat des matières premières, la fabrication des millions d'obus et la paie des troupes, les gouvernements sollicitent directement leurs citoyens par les emprunts nationaux. L'État lance de grandes campagnes d'affichage appelant les civils à verser leur or ou leur épargne (« Pour la France, versez votre or »). L'arrière subit également des pénuries, l'inflation et la mise en place progressive de cartes de rationnement.

#3. Le bilan de la guerre

#A. Un bilan humain et démographique effroyable

#a) Les pertes humaines et les blessés

Le bilan humain est sans précédent. Ce sont 9 à 10 millions de morts militaires (dont 1,4 million de Français) et environ 6 millions de mutilés et d'invalides (comme les « Gueules Cassées »).

À ce bilan s'ajoutent les victimes civiles du premier génocide du XXe siècle, le génocide arménien perpétré par les Ottomans (1,2 à 1,5 million d'Arméniens en 1915).

#b) Les conséquences démographiques et sociales

La disparition de millions de jeunes hommes entraîne de lourdes répercussions. Il y a un déficit des naissances majeur et un vieillissement de la population active. La crise sociale est profonde avec plus de 3 millions de veuves et 6 millions d'orphelins, instaurant un deuil de masse dans toute l'Europe.

#B. Des traités sources de nouvelles tensions

#a) Des négociations dominées par les vainqueurs

En janvier 1919, les vainqueurs de la guerre se réunissent à la conférence de paix de Paris. Les discussions sont menées par quatre dirigeants : le Français Georges Clémenceau, le Britannique Lloyd George, l'Américain Woodrow Wilson et l'Italien Vittorio Orlando. Les pays vaincus, dont l'Allemagne, sont totalement exclus des négociations et ne peuvent pas défendre leur position.

#b) Le traité de Versailles

Signé le 28 juin 1919 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, ce traité applique des sanctions extrêmement lourdes à la nouvelle République de Weimar :

  • Sanctions territoriales : L'Allemagne doit restituer l'Alsace et la Lorraine à la France. Elle perd une grande partie de ses provinces de l'Est au profit de la Pologne ressuscitée. Elle est totalement dépouillée de toutes ses colonies africaines, réparties entre la France, la Grande-Bretagne, la Belgique et l'Union sud-africaine.
  • Sanctions militaires : L'armée allemande est réduite à 100 000 soldats de métier, sans possibilité de faire appel à la conscription. La Marine est limitée à six navires. L'armée a l'interdiction de posséder de l'artillerie lourde et des avions de guerre.
  • Occupation et démilitarisation : La rive gauche du Rhin est occupée par les troupes alliées pendant 15 ans. De plus, une zone démilitarisée est établie en Rhénanie.
  • Responsabilité et réparations financières : L'Allemagne est contrainte de reconnaître sa responsabilité unique dans le déclenchement du conflit (Article 231). Elle est condamnée à payer d'immenses « réparations » financières pour les dommages causés en France et en Belgique.

N'ayant pas eu le droit de négocier, les Allemands qualifient ce traité de « Diktat » (une paix injuste et imposée par la force).

#c) La création de nouveaux États et le découpage des empires vaincus

Les autres traités de paix (Saint-Germain, Trianon et Sèvres) démantèlent complètement les empires d'Autriche-Hongrie et ottoman. La carte de l'Europe est profondément modifiée avec la naissance de neuf nouveaux États, dont la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et la Pologne. Pour offrir un accès à la mer à la Pologne, les Alliés créent le « corridor de Dantzig », ce qui sépare la Prusse orientale du reste de l'Allemagne et accentue l'humiliation allemande. Enfin, au Moyen-Orient, les anciens territoires ottomans sont confiés sous forme de mandats à la France (Syrie, Liban) et à la Grande-Bretagne (Palestine, Irak).